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Au 1er Juin 1944, l'ordre de bataille de la 12.SS-Panzerdivision laisse à penser qu'il s'agit de l'une des divisions les plus puissantes que l'on puisse trouver de part et d'autre de la Manche, avec un effectif total de 20 540 hommes. Mais dans la pratique, il n'en va pas de même, la répartition des troupes montrant de graves lacunes dans son organisation.
La 12.SS-Panzerdivision a été créée à partir de cadres de la 1.SS-Panzerdivision, mais en raison des pertes subies en Russie, ces cadres sont en trop petit nombre. Cela a des conséquences importantes. Il manque non seulement des officiers, mais surtout des sous-officiers.
Avec finalement 18 102 soldats, la 12.SS-Panzerdivision serait quand même l'une des plus puissantes de la Wehrmacht en Normandie mais en fait, il manque au moins deux unités qui ne sont pas opérationnelles au 6 Juin, la Panzerjäger-Abteilung et la Nebelwerfer-Abteilung.
En ce qui concerne la Panzerjäger-Abteilung, son entraînement n'est pas terminé car il vient à peine de recevoir son matériel. Il est doté d'un nouveau, et excellent, chasseur de chars, le Jagdpanzer IV. Mais celui-ci n'est pas encore disponible en quantité, de telle sorte que les dix premiers exemplaires ne sont envoyés d'Allemagne que le 26 Avril. Cela permet d'équiper une seule compagnie, mais elle n'est pas envoyée tout de suite au front, puisqu'elle n'arrive sur place que le 19 Juillet. Un autre rapport indique qu'un second lot de onze Panzerjäger IV part d'Allemagne le 22 Juin.
La Werfer-Abt. 12 n'a aucun tracteur disponible et doit donc rester en arrière lorsque la division part en Normandie. La première batterie n'arrive que le 12 Juin et le bataillon ne sera au complet qu'au début du mois de Juillet.
La division "Hitlerjügend" possède un régiment blindé avec une organisation standard, c'est-à-dire avec la I.Abteilung équipée de Panther et la II.Abteilung dotée de Panzer IV. A la I.Abt., il y a théoriquement 17 chars par compagnie et 22 à la II.Abt. Si l'on ajoute les chars des Stabs du régiment et des deux bataillons, cela donne un total de 79 Panther et 101 Panzer IV.
Là encore, il s'agit d'un total théorique. Au niveau des Panzer IV, tout va bien, avec 91 chars opérationnels au 1er Juin et sept autres en atelier. Il en manque donc seulement trois.
Le cas des Panther est plus gênant. Fin Avril 1944, la division n'en aligne que 26 sur 79. La situation s'améliore au fil des jours au mois de Mai, avec quelques envois de matériel pendant la deuxième quinzaine.
Le total est donc de 66 Panther, mais au 1er Juin, la division n'en annonce que 48 opérationnels et deux en atelier. Les autres sont donc encore en transit par voie ferrée.
Bien entendu, la 12.SS-Panzerdivision possède d'autres blindés que les chars de son Panzer-Regiment. Son artillerie dispose d'un régiment à trois bataillons. La I.Abt. dispose de 12 Wespe et six Hummel. La II.Abt. compte trois batteries de six obusiers de 10,5 cm. Dans le même ordre d'idée, la III.Abt. aligne quatre obusiers de 15 cm dans les 7e, 8e et 9e batteries et quatre canons de 10 cm dans la 10e.
L'infanterie portée dispose aussi de blindés, en l'occurrence des SPW, c'est-à-dire des semi-chenillés de type SdKfz 251. Le tableau de dotation du 1er Juin 1944 indique que la division dispose de 306 SPW opérationnels, un chiffre important, mais qui ne couvre pas tous les besoins. Seul le III./26 Panzergrenadier est entièrement équipé de semi-chenillés parmi les six bataillons d'infanterie, mais le bataillon du génie et le bataillon de reconnaissance sont aussi intégralement dotés de SPW.
Peu avant minuit, le 6 Juin 1944, le SS-Standartenführer Kurt Meyer arrive au bunker qui sert de PC à la 716.Inf. Div., près du lieu-dit La Folie au Nord de Caen. Il y trouve le chef de la 716.Infanterie-Division, le Generalleutnant Richter, et celui de la 21.Panzerdivision, le Generalmajor Feuchtinger. On l'informe de la situation qui est très mauvaise. La 716.Inf. Div a été écrasée, la route de Caen semble libre pour l'adversaire. Au moment où Meyer allait quitter le bunker, pour installer son PC dans un petit café de Saint-Germain-la-Blanche-Herbe, il reçoit un appel téléphonique du SS-Brigadeführer Witt qui lui communique l'ordre du I.SS-Panzerkorps: La 12.SS-Panzerdivision attaquera le 7 Juin à 16 heures à gauche de la voie ferrée Caen / Luc-sur-Mer avec la 21.Panzerdivision sur sa droite, les deux divisions rejetteront l'ennemi à la mer.
Le secteur de regroupement de la "HJ", à l'Ouest d'une ligne Verson / Rots, fait face à une large brèche. Le SS-Panzer-Grenadier-Regiment 26, la I.Panzer-Abteilung et les deux autres groupes d'artillerie ont encore un long chemin à faire. Le SS-Panzer-Grenadier-Regiment 25 attaquera donc sans attendre, sur l'aile gauche de la 21.Panzerdivision. Sur la gauche, là où viendront se placer les unités qui sont en route pour le front, existera une brèche inquiétante. Le SS-Brigadeführer Witt demande à couvrir sans faute l'aérodrome de Carpiquet qui semble être l'un des objectifs prioritaires de l'adversaire. La ligne de séparation entre les deux régiments de grenadiers sera la ruisseau de la Mue.
Vers 03 heures du matin, le 7 Juin, Kurt Meyer donne oralement l'ordre pour l'attaque de son régiment renforcé. Deux bataillons de grenadiers avanceront de front - le Ier à droite, le IIe à gauche, puis le IIIe à gauche mais étalé vers l'arrière. Le Ier bataillon assurera le contact avec la 21.Panzerdivision sur l'aile droite, entre Epron et La Folie. Le IIe se mettra en place près de Bitot et le IIIe bataillon au Sud-Est de Franqueville sur le versant du plateau au Sud de la route Caen / Bayeux. En outre, chaque bataillon recevra une section de la 13./25 (Pièces lourdes d'infanterie), et une section de la 14./25 (Flak légère), la 16. (Pionier-Kompanie) sera rattachée globalement au I./25. Le IIIe groupe d'artillerie se placera de sorte à couvrir de ses feux le secteur du régiment ainsi que le flanc gauche restant béant. Chaque bataillon se verra attribuer une batterie d'obusiers lourds de 15 cm. Les éléments de la II.Panzer-Abteilung (Panzer IV), qui auront alors rejoint, appuieront les trois bataillons sur un large front. La couverture du flanc gauche sera confiée à la 15e compagnie (Compagnie de reconnaissance de von Büttner). Le PC avancé sera installé dans l'abbaye d'Ardenne. Le PC de la division, qui se trouvait dans la forêt de Grimbosq pendant la nuit, est installé dans le village de Venoix, à la sortie Sud-Ouest de Caen, sur la route Caen / Villers-Bocage.
Les bataillons de grenadiers arrivent sur la route Caen / Bayeux pendant la nuit. Les hommes sautent des camions et continuent à pied. Les véhicules seront bien camouflés au Sud de la ville.
Le IIIe groupe (Lourd) d'artillerie installe son PC dans l'abbaye. Depuis les deux minces tours de l'abbatiale, on peut observer tout le secteur d'attaque des bataillons ainsi que celui de la 21.Panzerdivision, et jusqu'à la vallée de la Mue, sur l'aile gauche. C'est un plateau légèrement ondulé, couvert de céréales ainsi que de champs de betteraves. Les villages, entourés de vergers et de quelques petits bois, forment les seuls obstacles. On aperçoit à l'horizon les ballons qui protègent la flotte d'invasion. L'objectif, la côte semble à portée de main.
Vers 09 heures, le SS-Standartenführer Kurt Meyer rejoint son PC de l'abbaye dans son WW-Kübel; il est pris à partie par les chasseurs-bombardiers. Arrivé dans l'un des clochers, le SS-Sturmbannführer Bartling lui annonce que sa III.Artillerie-Abteilung est prête à ouvrir le feu. Les trois bataillons de grenadiers sont en place. Mais la II.Panzer-Abteilung n'est pas encore arrivée. Ce n'est qu'à 10 heures que débouchent les premiers panzers. Le SS-Sturmbannführer Prinz annonce la présence d'environ 50 Panzer IV de son unité. Le reste ne rejoindra que dans le courant de la journée et de la nuit à venir.
Entretemps, l'ennemi est aussi passé à l'attaque en direction de Caen. Face à la 21.Panzerdivision, se trouve la 3rd (British) Infantry Division, son aile droite avance face à des éléments de la 12.SS-Panzerdivision Par ailleurs, la 9th Canadian Infantry Brigade a atteint la hauteur au Nord de Villons-les-Buissons avec son bataillon d'avant-garde (The North Nova Scotia Highlanders) dès le 6 à minuit. L'avant-garde de la 9th Brigade reprend son avance le 7 Juin à 07h45 du matin avec l'aérodrome de Carpiquet pour objectif. Les North Nova Scotia Highlanders sont accompagnés des chars du 27th Armoured Regiment (The Sherbrooke Fusiliers Regiment). En pointe, avancent des chars Stuart des unités de reconnaissance suivis de la C Company des Highlanders portée sur chenillettes. Le gros de la troupe, constituté par les trois autres compagnies d'infanterie, suit sur les chars Sherman. Dans sa progression, l'avant-garde essuie le feu de mitrailleuses qui tirent depuis un verger au Nord des Buissons, elle reçoit aussi des obus de 8,8 cm provenant de l'Est de Villons- les-Buissons; il doit s'agir de quelques éléments de la 21.Panzerdivision qui s'opposent à cette avance. Villons-les-Buissons est nettoyé à 09 heures. En sortant de la localité, les Canadiens subissent le feu d'une pièce de Flak de 8,8 cm qui tire depuis la lisière de Buron. La pièce est détruite par un tank. Buron est pris à 11h50; quelques isolés de la 716e ont cessé d'y résister. L'avant-garde Canadienne traverse la localité et continue sur Authie. Tandis que la D Company passe le village au peigne fin, les compagnies "A" et "B" contournent Buron, montées sur les Sherman et poursuivent en direction d'Authie. Buron reçoit un tir violent des mortiers. La D Company est atteinte par des balles de fusils et de mitrailleuses et subit des pertes. Vers 14 heures, les premiers éléments des North Novas et l'escadron C des Sherbrooke Fusiliers sont au contact dans Authie, avec quelques mitrailleuses qui sont neutralisées par les blindés. Quelques groupes de tanks poussent vers le Sud et parviennent à l'entrée du hameau de Franqueville, probablement vers 14 heures.
Pour la 12.SS-Panzerdivision "Hitlerjügend", la bataille de Normandie ne fait que commencer...
Devant la pression des Alliés, le SS-Untersturmführer Porsch et ses hommes ont dû quitter leur position qui était devenue indéfendable. Après avoir marché pendant une bonne demi-heure dans le bocage Normand avec tout le matériel et les blessés, le groupe vient de rentrer dans un hameau.
C'est au détour d'un petit chemin, qu'ils viennent d'apercevoir une Kübelwagen parfaitement camouflée à l'intérieur d'un corps de ferme desert. A bord se trouve un chauffeur casqué, portant une tarnjäcke à dominante verte et armé d'un pistolet-mitrailleur MP40. Il scrute les alentours d'un oeil méfiant. La longue balafre défigurant son visage, semble en dire long sur son vécu dans la Waffen-SS...
Après une brève concertation avec ses hommes, le SS-Untersturmführer Porsch décide de prendre attache avec le chauffeur.
A peine le groupe pénétre-t'il dans la cour, que le chauffeur lance un long sifflement. La porte d'entrée du bâtiment principal du corps de ferme s'ouvre. Deux hommes en sortent. Le premier est un jeune officier et le second un vieux sous-officier de la Waffen-SS. Les deux sont en tenue de combat et donnent un aspect redoutable. Le jeune officier doté d'une chevelure blonde coiffe sa Schirmmütze, et la place légèrement sur le côté. Son regard est glacial. Il n'a pas l'air commode. Il vient à la rencontre du groupe.
C'est en voyant le grade de l'officier et l'insigne divisionnaire de la Kübelwagen que Porsch se dit qu'il n'aurait jamais dû s'arrêter ici. En effet, l'officier est un SS-Hauptsturmführer de la 12.SS-Panzerdivision "Hitlerjügend".
Actuellement, le SS-Untersturmführer Porsch est en train d'être recadré par cet officier. La question posée est simple: Pourquoi avoir décroché devant l'ennemi ?
Porsch a compris qu'il était inutile de discuter avec un fanatique. Il n'aurait jamais raison, même si les arguments étaient valables. Cette malheureuse rencontre signifait pour lui et son groupe: Retour au point de départ, et stopper coûte que coûte l'ennemi. Autrement c'était la cour martiale assurée...Et dans la Waffen-SS, en temps de guerre, cela pouvait être expéditif !!!
Porsch est porteur d'un ciré de motocycliste en raison du climat Normand, qui à cette époque est assez humide...
A noter le port du pantalon à camouflage Italien. Camouflage très utilisé pour la confection de différents vêtements parmi les membres de la 12.SS-Panzerdivision "Hitlerjügend".
Pour le SS-Untersturmführer Porsch et ses hommes, la rencontre avec ce SS-Hauptsturmführer équivaut à une mort certaine...Soit par l'ennemi, soit par leurs frères d'armes !!!
Approfondir le sujet avec les sources documentaires:
Militaria Hors-Série n°69 "La bataille de Caen - De la cité martyre à la ville libérée (2)" [Editions Histoire&Collections]
"12.SS-Panzer-Division Hitlerjügend" de Georges BERNAGE et Hubert MEYER [Editions Heimdal]
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